Noël en juillet, Nouvel An en plein après-midi
À la télévision, tout paraît simple.
Un décor. Une date. Une ambiance.
Mais en coulisses, c’est une autre histoire.
Pour des émissions comme Le Bigdil ou Les 12 Coups de Midi, la magie repose sur une illusion permanente.
Une illusion parfaitement maîtrisée… mais parfois déroutante pour ceux qui la vivent de l’intérieur.
Public, candidats, figurants : tous racontent la même chose.
Le temps n’a plus vraiment de sens.
Plusieurs émissions tournées le même jour
Le principe est simple… et brutal.
Une journée d’enregistrement ne correspond jamais à une journée de diffusion.
En réalité, plusieurs émissions sont tournées à la suite, parfois 3, parfois 4, parfois plus.
Pour le public, la convocation peut commencer dès 8h ou 8h30 du matin.
Les premiers applaudissements retentissent alors que la journée télévisée n’a même pas commencé pour les téléspectateurs.
Et pourtant, à l’écran :
« Bonsoir à tous ! »
« Bienvenue pour cette émission exceptionnelle ! »
Sauf que cette émission “exceptionnelle” a peut-être été enregistrée des mois avant sa diffusion.
Dans le cas de Les 12 Coups de Midi, la situation est similaire : une seule journée de tournage peut englober cinq émissions, ce qui demande une énergie incroyable, comme l’a confié Jean-Luc Reichmann chez Télé-Loisirs :
« Il faut injecter beaucoup d’énergie. Nous avons tourné de 9h du matin à minuit pour mettre en boîte cinq émissions et en livrer une nouvelle dès le lendemain. »
Dire “bonne année” quand il fait 30 degrés
Les émissions spéciales — Noël, Nouvel An, anniversaires, soirées événement — sont souvent tournées hors saison, parfois très loin de la période réelle.
Un spécial Nouvel An peut ainsi être enregistré en juillet, avec :
- des décorations de fête
- des confettis
- des tenues hivernales
- et des “BONNE ANNÉE !!!” hurlés sous la chaleur des projecteurs
« J’ai assisté à deux émissions dans le public le 16 juillet 2025. Personnellement j’ai adoré, des étoiles plein les yeux d’avoir vécu ce qu’on voit derrière l’écran. Une ambiance au top ! Si je peux y retourner, j’y retournerai avec plaisir, un vrai bonheur de voir Vincent Lagaf’, mon idole depuis des années. »
Le contraste est total. Et impossible à oublier.
Le public doit jouer le jeu
Le public ne se contente pas de regarder. Il participe activement : applaudir, réagir, rire, s’enthousiasmer… même après plusieurs heures et plusieurs émissions enregistrées à la suite.
Un chauffeur de salle est là pour maintenir l’énergie et rappeler :
- où l’on en est dans la journée fictive
- quelle “date” est censée être à l’antenne
- quel niveau d’enthousiasme est attendu
La consigne est claire : à l’écran, rien ne doit laisser deviner la réalité du tournage.
« Pour ma part, j’ai été dans le public devant la soucoupe et je ne referai pas une deuxième fois… assises sur des escaliers bien durs pendant 3 ou 4 heures, mal de dos impossible. Les cameramans sont toujours devant, deux de chaque côté, et quand on les a devant… super. Pour Vincent Lagaf’, une fois qu’il a fait son show, il part directement, aucun mot pour le public. Un peu déçu, je ne regarde même plus. »
Pour Les 12 Coups de Midi, le public doit aussi respecter des consignes strictes, en particulier de ne pas divulguer des éléments des émissions avant diffusion, ce qui évite les “spoilers” et protège les surprises pour les téléspectateurs. (Programme-TV.net)
Les candidats aussi vivent le décalage
Pour eux, participer à une émission comme Le Bigdil ou Les 12 Coups de Midi n’est pas juste passer à la télé.
C’est entrer dans un rythme intense :
- attente longue avant de passer
- consignes très précises sur ce qu’il faut dire
- phrases parfois refaites pour être plus “fluides” à l’antenne
Quand une date ou une référence temporelle est mentionnée, elle est écrite, répétée, contrôlée.
Et en cas d’erreur ? On coupe, on recommence, ou ça disparaît au montage.
« Moi je me suis un peu perdu dans les dates, d’ailleurs j’ai fait une boulette à l’écran. »
À la fin de la journée, tout se mélange
En sortant du studio :
- il fait jour alors qu’on a fêté le Nouvel An
- on a applaudi pour “midi” alors qu’il est 9h
- on ne sait plus vraiment quelle émission on vient de voir
Le cerveau est saturé, les repères sautent.
Mais paradoxalement, c’est aussi ce qui rend l’expérience mémorable.
« 3 émissions le 1er juillet, et tout s’est bien passé. »
Pourquoi la télévision fonctionne comme ça
Ce système n’est pas propre au Bigdil ou aux 12 Coups de Midi.
La raison est simple :
- optimiser les coûts
- rentabiliser les décors
- concentrer les équipes sur moins de jours
- assurer un stock d’émissions à diffuser
Pour la production, c’est logique.
Pour le public, c’est parfois déroutant.
Pour le téléspectateur, c’est totalement invisible.
Ce que le téléspectateur ne voit jamais
À l’écran, tout est lisse, cohérent, calibré.
Mais derrière :
- des pauses longues
- des reprises de séquences
- des réactions refaites
- une fatigue bien réelle
Pour Les 12 Coups de Midi, la production prend aussi des mesures strictes pour empêcher les fuites et spoilers, afin que le public ne révèle pas ce qui se passe avant la diffusion.
Des souvenirs forts, malgré tout
Malgré la fatigue, les répétitions et les décalages, beaucoup gardent un souvenir positif :
voir les coulisses, comprendre comment se fabrique une émission culte, vivre l’envers du décor.
Et surtout, pouvoir dire un jour :
“Moi, j’y étais.”
À retenir
Le Bigdil et Les 12 Coups de Midi reposent sur une illusion parfaitement assumée.
Dates, horaires, saisons : tout est recomposé.
Pour le public et les candidats, l’expérience peut être fatigante, parfois déroutante, mais elle reste unique.
Et c’est précisément ce décalage entre l’écran et la réalité qui fascine encore aujourd’hui.
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