La télévision est-elle en train de vivre ses dernières grandes années telles qu’on la connaît ? La question, brutale, revient avec force dans un échange relayé par le journaliste médias Clément Garin, qui met en lumière une transformation profonde du paysage audiovisuel français entre télévision, streaming et YouTube.
Dans une prise de position qui fait réagir, il évoque une bascule progressive mais inévitable. La télévision linéaire, longtemps dominante, verrait son influence s’éroder au profit des plateformes comme YouTube, Netflix ou encore Prime Video. Une mutation que certains jugent déjà engagée, tandis que d’autres estiment qu’elle est encore loin d’être achevée.
Une télévision linéaire fragilisée face aux plateformes
Dans son message, Clément Garin insiste sur un point central : le modèle économique de la télévision traditionnelle repose encore largement sur la publicité. Or, selon lui, cette base pourrait s’affaiblir si les audiences continuent de reculer.
L’idée avancée est simple mais lourde de conséquences. Si une émission qui réunissait plusieurs millions de téléspectateurs ne parvient plus à en fédérer qu’une fraction à l’avenir, la valeur des écrans publicitaires pourrait chuter de manière significative. Une perspective qui inquiète déjà une partie du secteur.
Ce constat s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis plusieurs années. Les usages changent. Le public se fragmente. Le temps d’écran se déplace progressivement vers des contenus à la demande, disponibles en permanence, loin des grilles fixes de la télévision classique.
Banijay mise sur Squeezie et les nouveaux formats digitaux
Dans ce contexte, une annonce vient illustrer concrètement cette évolution. Le groupe Banijay Entertainment a acquis les droits mondiaux du format “Stop The Train”, un jeu d’aventure à haute intensité imaginé par le créateur de contenu français Squeezie et le réalisateur Théodore Bonnet via Unfold Production.
Ce mouvement est loin d’être anodin dans l’industrie. Banijay, l’un des plus grands groupes de production audiovisuelle au monde, historiquement très lié à la télévision traditionnelle, investit désormais dans des créations issues de l’univers YouTube et pensées pour des diffusions multi-plateformes.
Ce type de partenariat illustre une réalité de plus en plus visible dans le secteur. Les frontières entre télévision, streaming et création digitale deviennent poreuses. Les producteurs historiques ne se contentent plus de fournir les chaînes. Ils cherchent désormais à s’imposer aussi sur les plateformes, là où se trouve une part croissante de l’audience.
Un basculement des usages qui interroge toute l’industrie
Cette évolution alimente un débat récurrent dans les médias : la télévision est-elle en train de perdre sa position centrale ?
Pour Clément Garin et d’autres observateurs, la réponse semble s’imposer progressivement. YouTube, Netflix ou encore Disney+ captent une part croissante du temps d’attention, notamment chez les jeunes générations. La télévision linéaire, elle, continuerait de reculer, même si elle conserve encore des audiences solides sur certains grands événements.
Mais ce constat est loin de faire consensus. Dans les réactions suscitées par ces déclarations, plusieurs voix rappellent que la télévision reste puissante, notamment grâce à ses chaînes historiques et à ses plateformes numériques comme TF1+ ou M6+.
Pour certains professionnels, la mutation n’est pas une disparition mais une adaptation. Les chaînes ne disparaîtraient pas, elles déplaceraient simplement leur modèle vers des environnements hybrides mêlant diffusion classique et streaming.
Une bataille économique autour de la publicité
Au cœur du débat se trouve une question déterminante : celle de la publicité.
La télévision a longtemps reposé sur un modèle simple, basé sur la capacité à vendre des espaces publicitaires à forte audience. Mais si ces audiences se fragmentent, la valeur de ces espaces devient mécaniquement plus difficile à maintenir.
C’est précisément ce point que soulève Clément Garin lorsqu’il évoque des tarifs publicitaires qui pourraient devenir difficiles à justifier si les audiences continuent de baisser. Dans un marché où les marques arbitrent de plus en plus entre télévision, plateformes et réseaux sociaux, la concurrence est devenue globale.
Les plateformes, elles, offrent des formats ciblés, mesurables et souvent plus flexibles. Une évolution qui attire de plus en plus les annonceurs, au détriment du modèle classique de la télévision linéaire.
YouTube et les créateurs au cœur de la nouvelle production
L’autre signal fort de cette transformation vient des créateurs de contenu eux-mêmes. L’exemple de Squeezie, dont le format “Stop The Train” attire désormais l’attention d’un acteur majeur comme Banijay, symbolise cette nouvelle génération de contenus.
Ce type de programme, pensé initialement pour le web, franchit désormais les frontières du digital pour s’exporter vers des circuits de production plus traditionnels ou hybrides. Une inversion des rôles qui n’aurait pas été imaginable il y a encore quelques années.
YouTube n’est plus seulement une plateforme de diffusion. Il devient un vivier de formats, de concepts et de talents capables d’influencer l’ensemble de l’industrie audiovisuelle.
Un débat qui divise encore profondément les professionnels
Dans les réactions à ce débat, les positions restent très contrastées.
Certains estiment que la télévision dispose encore de nombreuses années devant elle, en particulier grâce à ses chaînes historiques et à sa capacité à fédérer lors de grands rendez-vous. D’autres, au contraire, pensent que la bascule est déjà largement engagée et qu’elle s’accélérera encore dans la prochaine décennie.
Entre ces deux visions, une certitude semble émerger : l’écosystème audiovisuel n’est plus centré sur un seul modèle. Il s’est fragmenté, complexifié et déplacé vers une coexistence de plus en plus forte entre télévision, streaming et plateformes sociales.
Une transition encore loin d’être terminée
Si la télévision n’a pas encore disparu du paysage, son rôle évolue rapidement. Les chaînes historiques cherchent à s’adapter, les producteurs diversifient leurs partenaires, et les plateformes continuent de gagner du terrain.
L’exemple de Banijay et Squeezie illustre parfaitement cette dynamique. Un format né sur YouTube peut désormais devenir un produit mondial porté par un géant de la production télévisuelle. Une hybridation qui brouille définitivement les frontières entre ancien et nouveau monde audiovisuel.
Dans ce contexte, la question n’est peut-être plus de savoir si la télévision va disparaître, mais plutôt comment elle va se transformer pour survivre dans un univers où le streaming et les plateformes occupent une place de plus en plus centrale.
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